Summary
Que faire lorsque la principale machine à papier d’une usine nécessite une réparation essentielle qui pourrait prendre plusieurs mois? À l’usine de Dolbeau de Domtar, dans la région du Lac-Saint-Jean, au Québec, les équipes d’ingénierie, d’entretien et des opérations ont uni leurs expertises pour trouver une solution innovante pouvant servir d’exemple à d’autres usines.
À la fin mai 2026, les équipes de l’usine Domtar de Dolbeau, au Lac-Saint-Jean – Québec, se préparent à effectuer des travaux d’entretien planifiés sur la machine à papier no 5. Lors de l’inspection d’un de ses rouleaux, elles découvrent toutefois des fissures préoccupantes.
La décision est prise de retirer le rouleau afin de procéder à une inspection plus approfondie. Les craintes des équipes se confirment : les dommages sont également présents à l’intérieur du rouleau et celui-ci ne peut plus être utilisé de façon sécuritaire.
Le problème est de taille. La machine no 5 est au cœur des activités de l’usine, qui fabrique notamment du papier pour livres et du papier journal, parmi une centaine de grades différents.
Un rouleau de remplacement avait heureusement été commandé bien avant la découverte des fissures. Mais ce type d’équipement spécialisé nécessite un long délai de fabrication, et sa livraison n’était prévue que plusieurs mois plus tard.
Trois pistes, un même objectif : redémarrer
Les équipes de Dolbeau envisagent trois solutions : réparer le rouleau endommagé, accélérer la livraison du rouleau neuf ou trouver un rouleau usagé pouvant être adapté à la machine.
La première possibilité est rapidement écartée. En raison de sa métallurgie et de l’ampleur des dommages, le rouleau ne peut pas être réparé.
Les équipes explorent ensuite la possibilité d’accélérer la fabrication du rouleau neuf. Même en comprimant considérablement les délais, il faudrait encore attendre plusieurs semaines avant de pouvoir le recevoir, l’installer et redémarrer la machine.
Il reste alors la solution la plus complexe : trouver ailleurs un rouleau compatible. La machine no 5 ayant des caractéristiques particulières, les chances de trouver exactement la bonne pièce sont minces. Il faut donc changer d’approche : plutôt que de chercher un rouleau identique, pourquoi ne pas en trouver un suffisamment proche et l’adapter?
Une course contre la montre
La recherche prend rapidement une dimension internationale. Des entreprises du Brésil, d’Autriche et d’ailleurs dans le monde répondent à l’appel d’offres lancé par l’usine. Chaque possibilité est examinée avec le même objectif : trouver une solution permettant de reprendre la production le plus rapidement possible.
Après d’importantes recherches, un rouleau usagé est finalement repéré aux États-Unis. Son diamètre correspond aux besoins de la machine, mais il est moins large que le rouleau d’origine.
C’est là que commence un important travail d’ingénierie réunissant les équipes de Domtar et plusieurs partenaires québécois.
Le rouleau est acheminé chez CANMEC, à La Baie, afin d’être inspecté et modifié. Avec l’appui de Simu-K, une entreprise spécialisée en ingénierie, les équipes utilisent notamment la modélisation 3D et des analyses par éléments finis pour déterminer comment intégrer la pièce à la machine existante.
Il ne suffit pas de modifier le rouleau. Plusieurs composantes doivent être adaptées afin que l’ensemble puisse s’intégrer à la machine no 5 et fonctionner de façon sécuritaire et fiable.
Pendant que ce travail se poursuit, les équipes de Dolbeau préparent tout ce qui peut l’être à l’avance. L’objectif est simple : lorsque le rouleau arrivera à l’usine, chaque heure devra compter.
« Ce n’était pas gagné d’avance, même d’installer un rouleau qui avait été modifié et qui n’était pas le rouleau d’origine. Ce n’était pas gagné. » partage Jean-Michel Simard, directeur de l’usine Domtar de Dolbeau-Mistassini
Une solution bâtie ensemble
Le rouleau modifié arrive à Dolbeau le 1er juillet et les équipes d’ingénierie, d’entretien et des opérations entrent alors en action. Grâce au travail effectué en amont et à une coordination étroite entre les différents métiers, le rouleau est installé et rendu fonctionnel en environ 12 heures. Dans la nuit du 1er au 2 juillet, la machine no 5 redémarre et produit du papier dès le premier démarrage.
Derrière ce résultat se trouvent plusieurs semaines de recherches, de calculs, de modélisation, de préparation et de collaboration entre des personnes aux expertises très différentes. Une solution qui semblait improbable quelques semaines plus tôt a permis à l’usine de reprendre ses activités bien avant l'arrivée du rouleau neuf.
Le nouveau rouleau sera installé le 22 septembre. Le rouleau adapté pourra ensuite être inspecté et conservé comme solution de rechange pour l’avenir.
Pour Youri Simard-Boulianne surintendant ingénierie à l’usine de Dolbeau, cette expérience laisse également une leçon qui peut être partagée avec les équipes des autres installations de Domtar confrontées à des défis similaires.
« Il ne faut pas baisser les bras. La solution viendra : il faut y croire et travailler à fond. Dans notre cas, elle s’est bâtie comme une tour, chacun venant y poser sa brique. Maintenant que je regarde tout ce que nous avons accompli, c’est simplement fascinant. »
Cette collaboration a d’ailleurs dépassé les frontières de l’usine de Dolbeau. Des collègues d’autres installations de Domtar ont mis leur expertise et leurs réseaux à contribution tout au long du projet.
Plus qu’une machine à remettre en marche
Le redémarrage a aussi rappelé la place qu’occupe l’usine de Dolbeau dans sa communauté.
Pendant l’arrêt, l’intérêt porté à la situation a largement dépassé les murs de l’usine. Membres d’équipe, partenaires, entreprises locales et membres de la communauté ont suivi de près les efforts déployés pour relancer la production. Cette mobilisation prend une dimension particulière pour une usine centenaire qui fait partie depuis des générations du paysage économique et social de Dolbeau-Mistassini.
L’histoire du rouleau de la machine no 5 est donc plus que celle d’un bris d’équipement. C’est celle d’équipes qui, confrontées à un problème sans solution évidente, ont choisi de chercher, d’adapter et de collaborer. Et surtout, de trouver une façon de faire repartir la machine.
La solution innovante mise au point à l’usine de Dolbeau s’inscrit dans une longue tradition de résolution créative de problèmes chez Domtar, comme en témoignent les exemples suivants :





