Comprendre le ROSI : pourquoi l’évaluation du développement durable est une bonne affaire

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Tensie Whelan est professeure distinguée de pratique, émérite et Conseillère principale du Centre du développement durable de l’École de commerce Stern de l’Université de New York et met son expertise au service de Domtar en tant que membre de son comité consultatif externe sur le développement durable.
BY: Brenda Martin

Summary

Tensie Whelan est professeure distinguée de pratique, émérite et Conseillère principale du Centre du développement durable de l’École de commerce Stern de l’Université de New York et met son expertise au service de Domtar en tant que membre de son comité consultatif externe sur le développement durable. Elle s'est entretenue avec nous au sujet de la mesure et du retour sur investissement en matière de développement durable (ROSI).

Quelques points clés :
• Le ROSI aide les entreprises à comprendre les retours financiers générés par les investissements en matière de développement durable
• Les considérations relatives à la mesure du développement durable doivent être intégrées dès le départ dans la stratégie d'entreprise et la planification financière
• Le ROSI soutient le chiffre d'affaires en influençant le pouvoir de fixation des prix, la demande des clients et l'accès au marché

En tant que Conseillère principale du Centre du développement durable de l’École de commerce Stern de l’Université de New York, Tensie Whelan s'y connaît en matière d'évaluation de développement durable.

Forte de 35 ans d'expérience dans le domaine des enjeux de durabilité aux niveaux local, national et international, Tensie est une figure de proue en matière d'évaluation de développement durable et de compréhension du retour sur investissement en matière de développement durable. (ROSI).

Domtar entretient une relation de collaboration de longue date avec Tensie et l’a accueillie au sein de son Comité consultatif externe sur le développement durable (ESAC) en 2025, aux côtés de Jean-Paul (JP) Gladu, directeur de Mokwateh, et d’Hélène Gagnon, cheffe de la direction du capital humain et du développement durable à CAE.

Poursuivez votre lecture pour en savoir plus sur la mesure de la durabilité et le ROSI dans notre entretien avec Tensie.

Comment définiriez-vous le ROSI (retour sur investissement en matière de développement durable)?

ROSI est acronyme anglais qui désigne le retour sur investissement du développement durable. Le ROSI est un cadre qui permet de comprendre les rendements financiers générés par les investissements dans le développement durable. Plutôt que d'envisager les initiatives en matière de développement durable uniquement sous l'angle environnemental ou social, pensons notamment à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le ROSI examine comment ces mêmes initiatives génèrent une valeur commerciale tangible et intangible.

Par exemple, une stratégie de décarbonation ne se limite pas à la réduction des émissions. Elle peut également permettre de réaliser des économies d'énergie, de réduire l'exposition à la volatilité des prix de l'énergie, d’abaisser les coûts de maintenance, d'améliorer la productivité du personnel et de diminuer le risque réglementaire. Le ROSI offre une méthode structurée pour définir, suivre et quantifier ces avantages pour que les entreprises puissent considérer le développement durable comme un moteur de performance financier, et non comme un simple coût.

Vous avez travaillé pour de nombreuses entreprises. Comment les investissements dans le développement durable font-ils une différence à long terme sur les plans financier et stratégique?

Au fil du temps, les investissements dans le domaine du développement durable renforcent l'efficacité opérationnelle, la résilience et la position concurrentielle d'une entreprise. Le ROSI définit neuf « facteurs médiateurs » clés qui lient les pratiques de développement durable à la performance financière, ce qui comprend l'efficacité opérationnelle, la réduction des risques, la productivité du personnel, l'innovation, ainsi que les ventes et l'accès aux marchés.

Je peux vous donner un exemple concret. J'ai travaillé auprès d’une grande entreprise de services publics qui a installé un éclairage LED dans l'ensemble de ses installations. Même si l'entreprise n’avait pas payé directement l'énergie et n’avait donc pas constaté d'économies sur les coûts énergétiques, une analyse ROSI a révélé d’importants gains de productivité. Le personnel travaillait plus efficacement grâce à de meilleures conditions d'éclairage, ce qui s'est traduit par des gains de productivité de plusieurs millions de dollars par année, une valeur qui aurait été ignorée sans l'approche ROSI.

La même logique s’applique à des domaines comme la gestion de l'eau, la santé et la sécurité, l'économie circulaire et la décarbonation. Quand les entreprises examinent leur situation financière dans son ensemble, les investissements en matière de développement durable affichent toujours des rendements positifs à long terme.

Quel est le principal défi pour une entreprise de notre taille lorsqu'il s'agit d'adopter une approche axée sur le ROSI ?

La taille de l'entreprise n'est pas le principal obstacle. Le plus grand défi réside dans la culture d'entreprise et l'intégration.

Dans bien des entreprises, le développement durable est encore considéré comme une activité distincte des fonctions commerciales et financières principales. Les équipes responsables du développement durable surveillent les résultats environnementaux ou sociaux, tandis que les équipes financières se concentrent sur les performances financières, sans établir de lien entre les deux. Les systèmes comptables sont rarement conçus pour prendre en compte les impacts financiers des investissements en matière de développement durable, en particulier les avantages intangibles.

Pour adopter une approche axée sur le ROSI, il faut intégrer des considérations relatives au développement durable dès le départ dans la stratégie d'entreprise et la planification financière, et prévoir des indicateurs clés de performance (ICP) clairement liés au ROSI qui permettent aux entreprises de constituer des données historiques, de projeter des scénarios futurs et de comparer les investissements dans le développement durable aux autres décisions en matière d’affectation des capitaux.

Le ROSI permet-il d'augmenter le chiffre d'affaires grâce au pouvoir de fixation des prix, à la demande de la clientèle ou à l'accès au marché ?

Oui, le ROSI peut améliorer ces trois paramètres.

De nombreuses entreprises constatent déjà cette tendance dans le comportement de leur clientèle. Lorsque certains clients posent de plus en plus de questions sur la performance en matière de développement durable dans le cadre des processus d'approvisionnement ou d'appel d'offres, cette demande peut être quantifiée. Si une part significative du chiffre d'affaires dépend du respect des exigences en matière de développement durable, ne pas investir met ce chiffre d'affaires en péril. Domtar a commencé à recenser toutes les demandes des clients liées au développement durable afin de définir les domaines qui suscitent le plus d'intérêt. C'est un excellent premier pas.

Le ROSI permet aussi de repérer des possibilités de croissance. En analysant les demandes de client, les tendances du marché et les données issues des appels d'offres, les entreprises peuvent évaluer dans quelle mesure leur performance en matière de développement durable leur ouvre l'accès à de nouveaux marchés ou leur permet d'accroître leur part de marché auprès de leur clientèle existante. Dans le secteur manufacturier, le développement durable permet aussi d'améliorer les marges grâce à la réduction des coûts liés à l'énergie, à l'eau, aux déchets et aux matières premières, ce qui contribue directement à améliorer la rentabilité.

Quel est le coût de l'absence de ces investissements ?

En général, les entreprises savent bien calculer le coût de l'action, mais elles sont beaucoup moins efficaces lorsqu'il s'agit d'évaluer le coût de l'inaction.

Le coût de l'absence d'investissement dans le développement durable peut inclure :

  • Perte de clients ou d’accès au marché
  • Hausse progressive des coûts de l’énergie et de l’eau
  • Augmentation des coûts liés à l'assurance et à l'indemnisation des accidents du travail
  • Baisse de la fidélisation et de la productivité du personnel
  • Accroissement du risque sur le plan juridique ou réglementaire ou en matière de réputation

Lorsque ces coûts sont projetés sur plusieurs années, l'intérêt financier des investissements dans le développement durable devient souvent plus clair. Le ROSI aide les entreprises à comparer l'investissement initial au coût à long terme de l'inaction.

Comment nous recommanderiez-vous de mesurer le succès, tant sur le plan financier que non financier ?

Le succès commence par des indicateurs clés de performance (ICP) clairs et concrets en matière de développement durable, des IPC qui sont intégrés à la stratégie d'entreprise. Par exemple, dans les entreprises du secteur forestier, les objectifs relatifs à l'approvisionnement responsable en bois et en fibre constituent un indicateur de développement durable essentiel.
Le ROSI superpose ensuite des indicateurs financiers à ces ICP en matière de développement durable. Cela peut inclure les aspects suivants :

  • Protection ou accroissement du chiffre d'affaires grâce à la certification
  • Prévention des risques liés à la réputation ou à la réglementation
  • Diminution des coûts liés aux incidents, aux crises ou aux inefficacités
  • Améliorations de la productivité ou économies liées au personnel

Pour obtenir des succès rapidement, il n'est pas nécessaire de disposer de données parfaites. Il faut commencer par tester les indicateurs ROSI parallèlement aux ICP existants en matière de développement durable, instaurer une collaboration interne entre les responsables du développement durable, des finances, des ressources humaines, des affaires juridiques et des opérations, puis intégrer progressivement le ROSI dans les processus standards de présentation de rapports et de prise de décisions.

Comment le ROSI aide-t-il les entreprises à se préparer à la réglementation future ou à l’évolution des marchés?

Le ROSI aide les entreprises à anticiper les changements réglementaires plutôt que d'y réagir.

Qu'il s'agisse des redevances liées à la responsabilité élargie des producteurs, des mécanismes d'ajustement carbone aux frontières ou d'autres réglementations émergentes, les investissements en matière de développement durable peuvent réduire les risques financiers futurs. Le ROSI permet aux entreprises d'estimer ces coûts futurs et d'investir de manière stratégique pour les éviter ou les réduire au minimum.

Il est important de noter que le ROSI recadre le développement durable en tant que stratégie commerciale plutôt que comme un simple exercice de conformité réglementaire. Les réglementations peuvent évoluer au gré des cycles politiques, mais les facteurs sous-jacents — contraintes en matière de ressources, attentes du marché et efficacité opérationnelle — constituent des réalités à long terme.

Pouvez-vous parler de votre relation à long terme avec Domtar?

Ma relation avec Domtar remonte à de nombreuses années, à l'époque où je dirigeais la Rainforest Alliance. À cette époque, j'ai travaillé en étroite collaboration avec Domtar à des dossiers liés à l’aménagement forestier durable, à la certification FSC et à la mobilisation des parties prenantes.

Lorsque j’ai ensuite fondé le Centre du développement durable de l’École de commerce Stern de l’Université de New York, John Williams est devenu le premier président de notre comité consultatif. Son leadership a contribué à façonner l’organisme pendant ses premières années, notamment en matière de stratégie et d’engagement auprès des entreprises. Depuis, nous avons collaboré avec Domtar à des projets étudiants, à l’élaboration de stratégies de développement durable et aux premières discussions autour du ROSI.

Il s’agit d’une relation de collaboration de longue date au cours de laquelle j’ai beaucoup appris du leadership de Domtar dans le domaine du développement durable et de son approche commerciale pragmatique.

 

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